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Likembé con salsa

La reprise des anciens morceaux des Bantous par Don Fadel est un chef-d’œuvre

 Le travail parisien a consisté à corriger les "lignes harmoniques" de Brazzaville pour les mettre aux normes internationales. C’est à ce moment que les Cubains sont entrés en jeu, particulièrement sur les morceaux latinos comme Comité ya Bantou , Bantou patchanga , Les Bantous de la capitale , Tantina,  Merci maman.  Don Fadel est intervenu à la flûte et au violon sur les salsas et les roumba dans lesquels il a joué le güiro  ; Master Mwana Congo à la guitare sur les roumbas "typiques". Durée des travaux : plus de deux ans. Le résulat est ahurissant.
« Je remercie Gabriel Mawawa Kiessé. Il m’a présenté au producteur Cyriaque Bassoka. Ce fut une véritable passe en or »  avoue Don Fadel.

Sur le dernier Album de l’orchestre « Les Bantous », on y redécouvre les anciens succès réactualisés, des musiciens tels que jean serge essous (Bantou pachanga, Tantina ) Célio Célestin Nkouka (Rosalie Diop, Comité Bantou, Les Bantous de la Capitale ) ; Edouard Nganga Edo ( Butsiélé ) ; Alphonse Ntaloulou (Eve, Merci maman ) ; Mermans Mpassy Ngongo (A mon avis ) ; Ricky Siméon ( Pitié ) ; Pamelo Mounka Pablito ( Masuwa ) ; Nino Malapet (Pot pourri sur le passé ) » (in Congo ya Sika lokasa ya ba yémbi  n°2 )

« Pour certains morceaux typiques de roumba, c’est Master Mwana Congo qui a repris la rythmique, la guitare solo et la basse. Pour les morceaux latino, ce sont les Cubains qui ont tout fait »  précise Don Fadel.

Le génie de cet album c’est la rencontre entre les Caraïbes et la terre mère Afrique. Ca montre que la roumba vient bien d’Afrique et pas des Caraïbes. L’un des objectifs de Cyriaque Bassoka était de faire entrer cet album dans le circuit de la world music et que les Bantous soient reconnus comme l’un des plus grands orchestre d’Afrique. C’est l’un des premier album congolais distribués par la multinationale Pias.

La formation cubaine

Don Fadel, médecin de son état, a étudié à Cuba. « Je suis arrivé à la Havane en 1966, j’avais 18 ans. Je venais de passer le bac. C’était sous le gouvernement du Président Massamba-Débat. A La Havane, je me suis inscrit au Conservatoire de Musique où les cours étaient gratuits »
 Â« Mon instrument de prédilection c’est la flûte. Mais je joue d’au moins dix instruments. »
« J’ai obtenu deux diplômes : celui de médecine et de musique »  J’avais comme condisciple Boncana Maïga d’Africando, Tolo, un Malien. Il y avait également un compatriote nommé Ange Balossa Beloz, le frère de Ntari kalafar. Beloz n’était pas au Conservatoire..

Aragon au Congo : un intrus parmi les Cubains

Le célèbre groupe cubain, Aragon, est invité au Congo. « Comme tu es Congolais, tu feras partie de notre tournée à Brazzaville »  lui disent les musiciens Cubains.
 En 1972, Don Fadel séjourne au Congo avec l’orchestre cubain Aragon dont les musiciens comme Bakayaou sont ses professeurs au Conservatoire de la Havane.
 Â« Lorsque nous arrivons à Maya-Maya, c’est le Président Ngouabi en personne qui vient nous accueillir » .
 Le Président Ngouabi demande en lingala : « Wapi ba Cubains yango ? » .
 Â« Ba zali ba mindélé ? » .
 Â« Bo méma bango na Hôtel Cosmos » .
 C’est là qu’on découvre le côté mélomane du chef de l’Etat de l’époque.
 Personne ne se doute que parmi les musiciens cubains figure un Congolais.
 Â« Comme personne ne pouvait imaginer qu’il y avait un Congolais parmi ces musiciens pro, nos hôtes se mirent à parler en lingala .Je comprenais tout ce qui se disait sans qu’on se doute que j’étais un fils du pays » .
 Les amis Cubains dont les ancêtres sont Africains sont curieux de nature. Certains foulent le sol africain pour la première fois. « Que disait votre Président »  me demandent les musiciens quand nous prenons le chemin de l’Hôtel.
 Â« Je fis la traduction » .
« Il se demandait si vous étiez Blancs ou Noirs »

Franklin Boukaka

J’avais un ami à Cuba qui faisait des études militaires : Maurice Boukaka, frère de Franklin Boukaka. Grâce à lui, dès notre arrivée à Brazzaville, je me présente chez Franklin Boukaka qui venait d’enregistrer Les Bûcherons  Ã  Paris :
 Â« Les Cubains veulent interpréter un morceau congolais. Qu’est-ce que tu peux leur proposer ? »< br> Franklin Boukaka me dit de prendre « Antoinette Mouanga »
 Â« C’est dans la chambre de l’Hôtel Cosmos que je retravaille "Antoinette Mouanga" avec ma guitare. Pour donner une touche salséro au morceau, j’introduis des paroles en espagnole. Les Cubains sont impressionnés. Je leur avais mâché tout le travail. Arrangements, harmonies, accords : tout était fait par moi. Ils étaient aux anges. Le morceau fut repris par Aragon avec le succès qu’on sait. »
"Antoinette Muanga"  sera repris par des géants comme Celia Cruz.